Vive la forêt conteste la ferme photovoltaïque
«La destruction d'environ 180 hectares de forêt et son remplacement par un espace intégralement artificialisé et clôturé ne permettrait plus à la faune d'origine d'être présente, de s'alimenter, de s'abriter ni de circuler librement. » Vive la forêt, l'association girondine de défense du massif forestier, ne voit pas d'un bon œil le projet de centrale photovoltaïque « au sol » qui pourrait voir le jour sur la commune de Sainte-Hélène.
C'est le projet d'une centrale couvrant une superficie d'environ 160 hectares qui est concerné. Alors que le dossier porté par la société Valorem, est aujourd'hui soumis à enquête publique, VLF demande au commissaire enquêteur d'émettre un avis négatif. Dans une note argumentée, l'association soulève les impacts qu'un tel projet pourrait générer.
Vincent Vignon, le chargé de mission de Valorem, société qui porte le projet de centrale photovoltaïque à Sainte-Hélène, juge que la position de Vive la forêt « n'a rien de très développement durable ». Sans faire abstraction du contenu du document de cadrage des services de l'État sur le photovoltaïque (lire ci-contre), Vincent Vignon relève que l'espace forestier utilisé pour le projet à Sainte-Hélène est infime au regard du massif forestier existant. À l'heure du développement nécessaire des énergies renouvelables, politique préconisée par le Grenelle de l'environnement, il estime que les enjeux sont colossaux. Et il regrette la position de VLF, « qui est systématiquement hostile à tous les projets ». Enfin, sur les impacts environnementaux en général, Valorem assure que toutes les incidences ont été mesurées.
À la mairie de Sainte-Hélène, l'élu Yves Lecaudey rappelle que la commune forestière a été sinistrée après les tempêtes de 1999 et 2009. Et que la collectivité a besoin de nouvelles ressources pour garantir un budget autrefois largement alimenté par la forêt. Comme Valorem, l'élu fait observer qu'avec moins de 200 hectares sur 2 500 hectares de forêt communale, cela ne va pas modifier le visage des lieux. D'autant plus que l'espace dédié à la centrale sera rendu à la commune dans trente ans. La commune, elle, touchera une redevance de l'industriel pour la « location » des sols.
Si VLF revient sur des points de procédure, c'est sur le fond que l'association de défense de l'environnement montre son hostilité au dossier. Elle rappelle notamment au commissaire enquêteur ce que dit le document de cadrage des services de l'État pour l'instruction des projets photovoltaïques en Aquitaine. Et l'association de citer un paragraphe en particulier : « De manière générale, la priorité doit être donnée à l'équipement en panneaux photovoltaïques des toitures des bâtiments publics, industriels, commerciaux et agricoles, ou l'utilisation de terrains déjà artificialisés (friches industrielles, carrières, sites pollués…). L'État sensibilisera les collectivités ».
« Des habitats naturels »Dans le détail, VLF fait aussi état des incidences que pourrait avoir une telle installation sur le sol transformé, mais aussi sur la faune et la flore. Sur le plan hydraulique, « les risques de remontée de la nappe sont réels », s'inquiète l'association. Elle regrette que le dossier de présentation du projet, dans le cadre de l'enfouissement du réseau pour transporter l'électricité produite (sur 16 km et 0,8 m de profondeur), ne prenne pas en compte « la protection des nappes souterraines ».
C'est ensuite le grillage « devant enclore » la centrale photovoltaïque qui est visé. Selon VLF, le projet « passe sous silence » les impacts écologiques de la clôture, qui s'annonce « infranchissable pour la majeure partie de la faune terrestre ».
Elle évoque d'ailleurs « six espèces de grand intérêt environnemental », dont deux nichent à l'endroit du projet… Et de conclure sur ce chapitre : « Si la pertinence du développement de l'énergie solaire est indéniable, imposer ce type d'installation au détriment de la forêt, de sa biodiversité et de ses nombreux rôles écologiques essentiels serait éminemment destructeur ».
Risque incendie et filière boisL'exposé produit par VLF n'oublie pas non plus d'indiquer que « le mitage de la forêt augmenterait considérablement le risque incendie ». Ce qui, dans une commune forestière, pose problème. Enfin, l'association estime que « la contradiction entre les projets photovoltaïques mutilants et l'urgente nécessité de protéger la biodiversité, de développer la filière bois-construction et bois-énergie est flagrante ». À toute cette argumentation produite, le commissaire enquêteur devra réfléchir. L'enquête publique se termine vendredi 13 avril.
